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CINQUIГ€ME SECTION

AFFAIRE KALINOVA c. BULGARIE

(RequГЄte no 45116/98)

 

ARRГЉT

 

STRASBOURG

8 novembre 2007

 

Cet arrГЄt deviendra dГ©finitif dans les conditions dГ©finies Г  lРІР‚в„ўarticle 44 Р’В§ 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.

  

En lРІР‚в„ўaffaire Kalinova c. Bulgarie,

La Cour europГ©enne des Droits de lРІР‚в„ўHomme (cinquiГЁme section), siГ©geant en une chambre composГ©e de :

В В В В В M.В В В В  P. Lorenzen, prГ©sident,
Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В  MmeР’В Р’В S. Botoucharova,
Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В  M.Р’В Р’В Р’В Р’В  K. Jungwiert,
Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В  MmeР’В Р’В M. Tsatsa-Nikolovska,
Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В  M.Р’В Р’В Р’В Р’В  R. Maruste,
Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В  MmeР’В Р’В R. Jaeger,
Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В  M.Р’В Р’В Р’В Р’В  M. Villiger, juges,
et de Mme C. Westerdiek, greffiГЁre de section,

AprГЁs en avoir dГ©libГ©rГ© en chambre du conseil le 9 octobre 2007,

Rend l’arrêt que voici, adopté à cette date:

 

PROCÉDURE

1.  A lРІР‚в„ўorigine de lРІР‚в„ўaffaire se trouve une requГЄte (no 45116/98) dirigГ©e contre la RГ©publique de Bulgarie et dont une ressortissante de cet Etat, Mme Bonka Petrova Kalinova (Р’В« la requГ©rante Р вЂ™Р’В»), avait saisi la Commission europГ©enne des Droits de lРІР‚в„ўHomme (Р’В« la Commission Р вЂ™Р’В») le 20 juin 1998 en vertu de lРІР‚в„ўancien article 25 de la Convention de sauvegarde des Droits de lРІР‚в„ўHomme et des LibertГ©s fondamentales (Р’В« la Convention Р вЂ™Р’В»).

2.  La requГ©rante, qui a Г©tГ© admise au bГ©nГ©fice de lРІР‚в„ўassistance judiciaire, est reprГ©sentГ©e par Me M. Ekimdjiev, avocat Г  Plovdiv. Le gouvernement bulgare (Р’В« le Gouvernement Р вЂ™Р’В») Г©tait reprГ©sentГ© par son co-agent, Mme M. Dimova, du ministГЁre de la Justice.

3.  La requГ©rante allГ©guait en particulier dРІР‚в„ўavoir Г©tГ© privГ©e de sa propriГ©tГ© en mГ©connaissance de lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1.

4.  La requГЄte a Г©tГ© transmise Г  la Cour le 1er novembre 1998, date dРІР‚в„ўentrГ©e en vigueur du Protocole no 11 Г  la Convention (article 5 Р’В§ 2 du Protocole no 11).

5.  Par une dГ©cision du 5 janvier 2006, la Cour a dГ©clarГ© la requГЄte partiellement recevable.

 

EN FAIT

I.  LES CIRCONSTANCES DE LРІР‚в„ўESPГ€CE

6.  La requГ©rante est nГ©e en 1950 et rГ©side Г  Nova Zagora.

A.  LРІР‚в„ўacquisition de la maison litigieuse par la requГ©rante

7.  Par un contrat en date du 11 dГ©cembre 1990, conclu avec la ville de Nova Zagora, la requГ©rante se porta acquГ©reur dРІР‚в„ўune maison, propriГ©tГ© de lРІР‚в„ўEtat, dРІР‚в„ўune surface habitable de 115 m2. Le prix de vente Г©tait fixГ© Г  14 397 levs bulgares (BGL).

8.  La maison et son terrain, ainsi que plusieurs terrains adjacents, avaient fait lРІР‚в„ўobjet dРІР‚в„ўune expropriation en 1984 en application de la loi sur lРІР‚в„ўamГ©nagement territorial et urbain (Закон Р В Р’В·Р В Р’В° териториално Р С‘ селищно устройство, Р—РўРЎРЈ), en vue de la construction dРІР‚в„ўun ensemble immobilier. En 1986, les anciens propriГ©taires avaient reГ§u une compensation dРІР‚в„ўun montant de 18 176 BGL, Г©valuГ©e selon les prix applicables Г  l’époque.

9.  Le plan dРІР‚в„ўurbanisme adoptГ© en 1985 prГ©voyait la construction dРІР‚в„ўun immeuble en trois sections.

10.  Par un arrГЄtГ© municipal du 1er juillet 1986, la famille de la requГ©rante, qui Г©tait sur la liste des foyers nГ©cessiteux dРІР‚в„ўun logement, se vit attribuer la maison litigieuse en location. MГЄme si celle-ci devait ГЄtre dГ©truite par la suite, elle n’était pas, Г  ce moment lГ , touchГ©e par les projets de construction.

11.  La premiГЁre partie de lРІР‚в„ўensemble immobilier fut construite. Le projet concernant les deux autres parties fut abandonnГ© en raison de lРІР‚в„ўannulation, en 1990, de lРІР‚в„ўexpropriation dРІР‚в„ўun des terrains concernГ©s. En consГ©quence, le terrain restant fut destinГ© Г  la construction dРІР‚в„ўun immeuble collectif plus petit. Par un arrГЄtГ© du 5 dГ©cembre 1990, la commune cГ©da Г  un promoteur un droit de superficie sur ce terrain en vue de la construction dРІР‚в„ўun immeuble de trois Г©tages.

12.  Par un arrГЄtГ© du 7 dГ©cembre 1990, le maire de la commune autorisa la vente de la maison, qui n’était pas concernГ©e par le nouveau projet immobilier, Г  la requГ©rante, ce qui aboutit au contrat du 11 dГ©cembre 1990 mentionnГ© ci-dessus.

13.  Une modification du plan dРІР‚в„ўurbanisme de 1991 entГ©rina le dГ©coupage et la destination des terrains.

B.  Tentatives des anciens propriГ©taires de se voir restituer la maison

1.  La demande dРІР‚в„ўannulation de lРІР‚в„ўexpropriation

14.  Suite Г  lРІР‚в„ўentrГ©e en vigueur des lois de restitution du 21 fГ©vrier 1992, les anciens propriГ©taires de la maison introduisirent auprГЁs du maire de Nova Zagora une requГЄte visant lРІР‚в„ўannulation de lРІР‚в„ўexpropriation rГ©alisГ©e en 1984, en application de la loi de restitution de la propriГ©tГ© de certains biens expropriГ©s en vertu de la loi sur lРІР‚в„ўamГ©nagement territorial et urbain et dРІР‚в„ўautres lois (ЗВСНОИ Р С—Р С• Р—РўРЎРЈ, ЗПИНМ). Le maire ayant rejetГ© leur demande par un arrГЄtГ© du 9 juin 1992, les intГ©ressГ©s introduisirent un recours judiciaire contre ce refus.

15.  Le tribunal rГ©gional (окръжен СЃСЉРґ) de Sliven rejeta le recours par un jugement du 13 mai 1994, considГ©rant que les conditions dРІР‚в„ўannulation de lРІР‚в„ўexpropriation visГ©es par la loi de restitution n’étaient pas rГ©unies en lРІР‚в„ўespГЁce. Il constata ainsi que la rГ©alisation du projet immobilier en vue duquel lРІР‚в„ўexpropriation avait Г©tГ© effectuГ©e, tel que modifiГ© par le plan dРІР‚в„ўurbanisme de 1991, avait dГ©butГ© et quРІР‚в„ўil Г©tait par ailleurs impossible de former une parcelle indГ©pendante dans les limites du terrain non concernГ© par le projet.

16.  Suite au recours des intГ©ressГ©s, le jugement fut confirmГ© par un arrГЄt dГ©finitif de la Cour suprГЄme du 27 juillet 1995.

2.  LРІР‚в„ўaction en nullitГ© de la vente

17.  Par ailleurs, au dГ©but de 1993, les anciens propriГ©taires engagГЁrent contre la requГ©rante une action en nullitГ© de la vente conclue en 1990 entre elle et la commune sur le fondement de lРІР‚в„ўarticle 7 de lРІР‚в„ўautre loi de restitution – la loi de restitution de la propriГ©tГ© des biens immobiliers nationalisГ©s (ЗВСОНИ).

18.  Par un jugement du 14 fГ©vrier 1994, le tribunal de district (районен СЃСЉРґ) de Nova Zagora rejeta lРІР‚в„ўaction en nullitГ© des anciens propriГ©taires. Suite au recours quРІР‚в„ўils exercГЁrent, ce jugement fut annulГ© par la Cour suprГЄme et lРІР‚в„ўaffaire renvoyГ©e pour un nouvel examen par le tribunal de district.

19.  Par un jugement du 3 juin 1996, le tribunal de district rejeta de nouveau lРІР‚в„ўaction en nullitГ©, considГ©rant que la vente effectuГ©e en 1990 Г©tait rГ©guliГЁre et quРІР‚в„ўaucun Г©lГ©ment nРІР‚в„ўindiquait que la requГ©rante avait acquis la maison en raison de sa position professionnelle ou politique.

20.  Les anciens propriГ©taires interjetГЁrent appel. Devant le tribunal rГ©gional de Sliven, la requГ©rante fit notamment valoir que les demandeurs Г  lРІР‚в„ўaction nРІР‚в„ўavaient pas qualitГ© ni intГ©rГЄt pour agir dans la mesure oР“в„– le bien dont ils se prГ©tendaient propriГ©taires nРІР‚в„ўentrait pas dans le champ dРІР‚в„ўapplication de lРІР‚в„ўarticle 7 de la loi de restitution, sur laquelle ils fondaient leur action.

21.  Le 16 septembre 1996, le tribunal rГ©gional de Sliven infirma le premier jugement. Il considГ©ra que lРІР‚в„ўarticle 7 de la loi de restitution des biens immobiliers nationalisГ©s (ЗВСОНИ) n’était effectivement pas applicable Г  lРІР‚в„ўespГЁce mais quРІР‚в„ўil convenait dГЁs lors dРІР‚в„ўexaminer la demande sous lРІР‚в„ўangle de la norme gГ©nГ©rale rГ©gissant la nullitГ© des contrats, lРІР‚в„ўarticle 26 de la loi sur les contrats et les obligations. Le tribunal considГ©ra que la vente litigieuse avait Г©tГ© effectuГ©e en mГ©connaissance de lРІР‚в„ўarticle 110 alinГ©a 1 (3) du dГ©cret sur les propriГ©tГ©s de lРІР‚в„ўEtat en vigueur Г  cette Г©poque, qui interdisait la vente dРІР‚в„ўimmeubles de moins de trois Г©tages sur des terrains destinГ©s Г  des constructions moyennes et hautes. En consГ©quence, il fit droit aux prГ©tentions des anciens propriГ©taires et dГ©clara nulle et non avenue la vente conclue en 1990 comme effectuГ©e en violation de la loi.

22.  Le 15 novembre 1996, la requГ©rante introduisit un recours en rГ©vision (cassation) devant la Cour suprГЄme. Elle y reprit son argumentation sur le dГ©faut de qualitГ© et dРІР‚в„ўintГ©rГЄt Г  agir des demandeurs. Sur le fond, elle fit valoir que le but de la disposition du dГ©cret sur les propriГ©tГ©s de lРІР‚в„ўEtat Г©tait de favoriser la construction dРІР‚в„ўimmeubles collectifs dans lРІР‚в„ўobjectif de pourvoir aux besoins en logements de la population. Dans la mesure oР“в„– les constructions projetГ©es avaient dГ©jГ  Г©tГ© rГ©alisГ©es sur le terrain en question et que la maison qui lui avait Г©tГ© cГ©dГ©e nРІР‚в„ўavait pas gГЄnГ© ces constructions, la rГ©glementation prГ©citГ©e ne pouvait ГЄtre un obstacle Г  la vente.

23.  Par un arrГЄt du 21 janvier 1998, la Cour suprГЄme de cassation rejeta le recours. Elle confirma le raisonnement du tribunal rГ©gional et considГ©ra que la vente Г©tait nulle et non avenue pour avoir Г©tГ© effectuГ©e en violation de la rГ©glementation applicable.

3.  La reprise de la procГ©dure en annulation de lРІР‚в„ўexpropriation

24.  Suite Г  lРІР‚в„ўannulation de la vente de la maison Г  la requГ©rante, les anciens propriГ©taires de la maison demandГЁrent la rГ©ouverture de la procГ©dure de la premiГЁre procГ©dure en annulation de lРІР‚в„ўexpropriation (paragraphes 14-16 ci-dessus) et, par un arrГЄt du 26 mars 1998, la Cour administrative suprГЄme annula les dГ©cisions rendues en 1994 et 1995 et renvoya lРІР‚в„ўaffaire au tribunal rГ©gional pour quРІР‚в„ўil se prononce de nouveau sur le fond.

25.  Par un jugement du 18 novembre 1998, le tribunal rГ©gional de Sliven considГ©ra que le projet immobilier nРІР‚в„ўavait pas Г©tГ© achevГ© et quРІР‚в„ўil Г©tait possible de constituer une parcelle indГ©pendante sur la partie du terrain non concernГ©e par les nouvelles constructions. En consГ©quence, il annula lРІР‚в„ўexpropriation effectuГ©e en 1984 concernant la maison et une partie du terrain et ordonna leur restitution aux anciens propriГ©taires. Ce jugement devint dГ©finitif suite au rejet par la Cour administrative suprГЄme, le 20 avril 1999, du pourvoi en cassation introduit par la commune.

C.  DГ©veloppements ultГ©rieurs

26.  Suite aux dГ©cisions judiciaires intervenues, la requГ©rante quitta la maison Г  une date qui nРІР‚в„ўa pas Г©tГ© prГ©cisГ©e. Par un arrГЄtГ© du maire du 13 mai 1999, elle se vit attribuer en location un logement communal moyennant un loyer mensuel de 20 000 BGL.

27.  Il ne ressort pas des Г©lГ©ments au dossier que le prix dРІР‚в„ўachat de la maison ait Г©tГ© restituГ© Г  la requГ©rante. Celle-ci ne chercha pas Г  en obtenir le remboursement auprГЁs de la commune, considГ©rant que les montants versГ©s au moment de lРІР‚в„ўachat, en 1990, Г©taient devenus dГ©risoires en raison de la dГ©prГ©ciation monГ©taire.

 

II.  LE DROIT ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS

A.  Les nationalisations de biens immobiliers et les politiques de logement jusquРІР‚в„ўau dГ©but des annГ©es 90

28.  AprГЁs 1945, le rГ©gime communiste au pouvoir en Bulgarie adopta une sГ©rie de lois de nationalisation. Un grand nombre de biens immeubles furent ainsi nationalisГ©s dans les annГ©es 40 et 50, le plus souvent sans compensation rГ©elle.

29.  Par ailleurs, en application de diffГ©rentes lois dРІР‚в„ўurbanisme, des terrains bГўtis ou non pouvaient ГЄtre expropriГ©s en vue de la construction de nouveaux logements. Ces lois prГ©voyaient une indemnisation en fonction de la valeur des biens expropriГ©s, en argent ou sous la forme dРІР‚в„ўun logement.

30.  Les logements du parc immobilier ainsi constituГ© Г©taient donnГ©s en location aux personnes nГ©cessiteuses. A partir des annГ©es 60, une grande partie fut vendue aux locataires en place.

31.  JusquРІР‚в„ўau dГ©but des annГ©es 90, la location ou lРІР‚в„ўachat dРІР‚в„ўun appartement Г  lРІР‚в„ўEtat ou Г  la commune Г©tait le plus souvent lРІР‚в„ўunique moyen de se procurer un logement, les transactions entre particuliers Г©tant limitГ©es. Une rГ©glementation spГ©ciale rГ©gissait un systГЁme de classement des demandeurs de logements en fonction de leurs besoins.

B.  Les lois de restitution

1.  Observations gГ©nГ©rales

32.  AprГЁs la chute du rГ©gime communiste, le parlement adopta une sГ©rie de lois visant la restitution des biens nationalisГ©s ou expropriГ©s, en particulier les deux lois de restitution adoptГ©es le 21 fГ©vrier 1992.

33.  La premiГЁre, la loi de restitution de la propriГ©tГ© sur les biens immobiliers nationalisГ©s (Закон Р В Р’В·Р В Р’В° възстановяване собствеността РІСЉСЂС…Сѓ одържавени недвижими имоти, ЗВСОНИ) prГ©voyait que les biens nationalisГ©s sans compensation en application de plusieurs lois spГ©cifiques datant des annГ©es 1947-1952, Г©taient restituГ©s ex lege Г  la condition dРІР‚в„ўexister dans leur Г©tat dРІР‚в„ўorigine et de faire encore partie du patrimoine public. Dans le cas contraire, les anciens propriГ©taires pouvaient recevoir une indemnisation en vertu dРІР‚в„ўune lГ©gislation Г  venir (la loi de compensation des propriГ©taires de biens nationalisГ©s (Закон Р В Р’В·Р В Р’В° обезщетяване Р Р…Р В° собствениците Р Р…Р В° одържавени недвижими имоти, ЗОСОИ), fut adoptГ©e en novembre 1997).

34.  La seconde, la loi de restitution de la propriГ©tГ© sur certains biens expropriГ©s en vertu de la loi sur lРІР‚в„ўamГ©nagement territorial et urbain et dРІР‚в„ўautres lois (Закон Р В Р’В·Р В Р’В° възстановяване собствеността РІСЉСЂС…Сѓ РЅСЏРєРѕРё отчуждени имоти (ЗВСНОИ) Р С—Р С• Р—РўРЎРЈ, ЗПИНМ, ЗБНМ, ЗДИ Р С‘ Р—РЎ) prГ©voyait la possibilitГ© pour les anciens propriГ©taires de biens expropriГ©s en vertu des lois qui y Г©taient visГ©es, le plus souvent Г  des fins dРІР‚в„ўurbanisme et moyennant compensation, de demander lРІР‚в„ўannulation des expropriations effectuГ©es dans les cas oР“в„– la restitution Г©tait possible, notamment lorsque la rГ©alisation du projet en vue duquel lРІР‚в„ўexpropriation avait Г©tГ© effectuГ©e nРІР‚в„ўavait pas dГ©butГ© et que les bГўtiments existaient en l’état. Pour obtenir leur ancienne propriГ©tГ©, les intГ©ressГ©s devaient restituer les montants ou les biens reГ§us en compensation. Le maire de la commune Г©tait compГ©tent pour dГ©cider de lРІР‚в„ўannulation de lРІР‚в„ўexpropriation. Le refus, exprГЁs ou implicite, du maire Г©tait susceptible dРІР‚в„ўun recours judiciaire.

2.  LРІР‚в„ўarticle 7 de la loi de restitution des biens nationalisГ©s (ЗВСОНИ)

35.  LРІР‚в„ўarticle 7 de la premiГЁre loi de restitution (ЗВСОНИ) prГ©voyait une exception Г  la rГЁgle selon laquelle la restitution n’était possible que pour des biens faisant partie du patrimoine public. Ainsi, dans lРІР‚в„ўhypothГЁse oР“в„– le bien avait Г©tГ© cГ©dГ© Г  un tiers postГ©rieurement Г  sa nationalisation, cette disposition ouvrait la possibilitГ© pour les anciens propriГ©taires dРІР‚в„ўintroduire une action en nullitГ© de la vente.

36.  Lorsque le tribunal constatait que celle-ci avait Г©tГ© effectuГ©e en violation de la loi, en raison de la position professionnelle ou politique des acquГ©reurs ou par abus de pouvoir, la vente Г©tait dГ©clarГ©e nulle et non avenue et le bien, supposГ© nРІР‚в„ўavoir jamais quittГ© le patrimoine public, Г©tait restituГ© aux anciens propriГ©taires par lРІР‚в„ўeffet ex lege de la loi de restitution. LРІР‚в„ўaction en application de lРІР‚в„ўarticle 7 devait ГЄtre introduite dans un dГ©lai dРІР‚в„ўun an suite Г  lРІР‚в„ўadoption de la loi.

37.  La loi de restitution ne prГ©voyait initialement aucune compensation particuliГЁre pour les tiers ayant acquis les biens en question aprГЁs la nationalisation et s’étant vu privГ©s de leur propriГ©tГ© suite Г  lРІР‚в„ўapplication de lРІР‚в„ўarticle 7. Les intГ©ressГ©s avaient en principe droit au remboursement du prix dРІР‚в„ўachat mais, dans la plupart des cas, ce prix avait perdu sa valeur en raison des processus inflationnistes. Par la suite, une modification de la loi datant de juin 1996 prГ©voyait un droit Г  indemnisation en argent selon la valeur du marchГ©. Cette disposition nРІР‚в„ўa toutefois jamais Г©tГ© appliquГ©e en pratique. La loi de compensation, adoptГ©e en novembre 1997 (ЗОСОИ), prГ©voyait quant Г  elle que les personnes concernГ©es pouvaient recevoir une indemnitГ© sous forme de Р’В« bons compensatoires Р вЂ™Р’В» (жилищни компенсаторни записи), sorte de valeurs mobiliГЁres Г©mises par lРІР‚в„ўEtat, pouvant ГЄtre Г©changГ©es sur le marchГ© secondaire ou utilisГ©es pour lРІР‚в„ўachat dРІР‚в„ўun logement Г  la commune, pour une participation dans les privatisations dРІР‚в„ўentreprises ou, Г  compter du mois de juin 2006, ГЄtre Г©changГ©es contre des espГЁces par le ministГЁre des Finances.

38.  LРІР‚в„ўarticle 7 Г©tait en principe la seule disposition permettant de retirer la propriГ©tГ© Г  un tiers afin de la restituer Г  ses anciens propriГ©taires. NГ©anmoins, dans certains cas, comme dans la prГ©sente espГЁce, la jurisprudence a admis des actions en nullitГ© de la part dРІР‚в„ўanciens propriГ©taires sur le fondement du droit commun des nullitГ©s (voir, pour un exemple, Velikovi et autres c. Bulgarie, nos 43278/98 et huit autres requГЄtes, 15 mars 2007, Р’В§Р’В§ 46-51, le cas Todorova,no 48380/99).

C.  LРІР‚в„ўaction en nullitГ© dРІР‚в„ўun contrat

39.  LРІР‚в„ўarticle 26 de la loi sur les obligations et les contrats (Закон Р В Р’В·Р В Р’В° задълженията Р С‘ договорите) dispose quРІР‚в„ўun contrat est nul lorsquРІР‚в„ўil a Г©tГ© conclu en violation ou en fraude Г  la loi, ou quРІР‚в„ўil est contraire aux bonnes mЕ“urs. LРІР‚в„ўintention ou la connaissance par les parties de la violation de la loi est sans effet sur la nullitГ©. Les rГЁgles sur la nullitГ© des contrats sРІР‚в„ўappliquent par extension Г  tous les actes juridiques.

40.  La nullitГ© peut ГЄtre constatГ©e par la voie dРІР‚в„ўune action dГ©claratoire en application de lРІР‚в„ўarticle 97 du Code de procГ©dure civile. Ce type dРІР‚в„ўaction est subordonnГ© Г  lРІР‚в„ўexistence dРІР‚в„ўun intГ©rГЄt Г  agir. LРІР‚в„ўaction nРІР‚в„ўest limitГ©e par aucun dГ©lai.

41.  Lorsque la nullitГ© dРІР‚в„ўun contrat a Г©tГ© constatГ©e par voie judiciaire, chaque partie doit restituer tout ce quРІР‚в„ўelle a reГ§u en exГ©cution dudit contrat (article 34 de la loi sur les obligations et les contrats). LРІР‚в„ўacquГ©reur Г  une vente qui a Г©tГ© dГ©clarГ©e nulle peut par consГ©quent rГ©clamer la restitution du prix versГ©. Toutefois, en vertu de la jurisprudence constante de la Cour suprГЄme de cassation, il ne peut recevoir que le prix versГ© au moment de la vente, sans revalorisation du fait de lРІР‚в„ўinflation (Тълк. реш. в„– 1 РѕС‚ 1.12.1997, ОСГК Р Р…Р В° Р В РІР‚в„ўР В РЎв„ўР В Р Р‹).

D.  Le dГ©cret sur les propriГ©tГ©s de lРІР‚в„ўEtat (Наредба Р В Р’В·Р В Р’В° държавните имоти)

42.  Ce texte, abrogГ© en 1996, rГ©glementait les modes et les conditions dРІР‚в„ўacquisition, de gestion et de cession des biens immobiliers propriГ©tГ© de lРІР‚в„ўEtat.

43.  Les candidats Г  lРІР‚в„ўacquisition dРІР‚в„ўun logement devaient introduire une demande auprГЁs du maire de la commune, qui dГ©cidait de la taille du logement auxquels les intГ©ressГ©s avaient droit en fonction de leur situation et dГ©livrait un acte administratif autorisant la vente dРІР‚в„ўun bien et fixant le prix. Sur la base de cet acte, un contrat de vente Г©tait ensuite conclu entre la commune et les acquГ©reurs (articles 113 et 119-121 du dГ©cret).

44.  LРІР‚в„ўarticle 110 alinГ©a 1 (3) du dГ©cret imposait une sГ©rie de limitations et interdisait notamment la vente dРІР‚в„ўimmeubles de moins de trois Г©tages qui Г©taient bГўtis sur des terrains destinГ©s Г  des constructions moyennes et hautes.

 

EN DROIT

I.  SUR LA VIOLATION ALLГ‰GUГ‰E DE LРІР‚в„ўARTICLE 1 DU PROTOCOLE No 1

45.  La requГ©rante considГЁre quРІР‚в„ўelle a Г©tГ© privГ© de sa propriГ©tГ© en violation de lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1, qui dispose :

Р’В« Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut ГЄtre privГ© de sa propriГ©tГ© que pour cause dРІР‚в„ўutilitГ© publique et dans les conditions prГ©vues par la loi et les principes gГ©nГ©raux du droit international.

Les dispositions prГ©cГ©dentes ne portent pas atteinte au droit que possГЁdent les Etats de mettre en vigueur les lois quРІР‚в„ўils jugent nГ©cessaires pour rГ©glementer lРІР‚в„ўusage des biens conformГ©ment Г  lРІР‚в„ўintГ©rГЄt gГ©nГ©ral ou pour assurer le paiement des impР“Т‘ts ou dРІР‚в„ўautres contributions ou des amendes. Р вЂ™Р’В»

A.  ThГЁses des parties

1.  La requГ©rante

46.  La requГ©rante met en avant quРІР‚в„ўelle a acquis la maison litigieuse de bonne foi et nРІР‚в„ўavait, Г  l’époque, aucun motif lГ©gitime de douter de la capacitГ© de la commune de lui en transfГ©rer validement le droit de propriГ©tГ©. Pendant des annГ©es, elle a joui de la possession de la maison et dРІР‚в„ўun titre de propriГ©tГ© incontestГ©. LРІР‚в„ўexistence dРІР‚в„ўun Р’В« bien Р вЂ™Р’В» au sens de lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1 ne prГЄte dГЁs lors Г  aucune controverse et la dГ©cision judiciaire proclamant la nullitГ© de la vente Г©quivaut Г  une privation de propriГ©tГ© au sens du premier paragraphe de cette disposition.

47.  Concernant la conformitГ© de cette privation avec lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1, la requГ©rante soutient que les dispositions internes rГ©gissant la nullitГ© des actes juridiques ne rГ©unissent pas les qualitГ©s de clartГ© et de prГ©visibilitГ© de la loi voulues par lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1. En particulier, la disposition de lРІР‚в„ўarticle 34 de la loi sur les obligations et les contrats, rГ©gissant les consГ©quences de la nullitГ©, revГЄt un caractГЁre gГ©nГ©ral et nРІР‚в„ўest pas en mesure de faire une distinction entre les parties au contrat en fonction de leur bonne foi, ni de rГ©gir certaines situations particuliГЁres, notamment en cas dРІР‚в„ўinflation.

48.  Quant au but lГ©gitime Г©ventuellement poursuivi par lРІР‚в„ўingГ©rence litigieuse, la requГ©rante souligne que son cas ne sРІР‚в„ўinscrit pas dans le cadre de la lГ©gislation de restitution, au sujet de laquelle un objectif de justice sociale pourrait ГЄtre reconnu. Dans le cadre de cette lГ©gislation, la seule hypothГЁse oР“в„– un bien peut ГЄtre restituГ© alors quРІР‚в„ўil est devenu la propriГ©tГ© de tiers est celle visГ©e Г  lРІР‚в„ўarticle 7 de la loi de restitution des biens nationalisГ©s (ЗВСОНИ) et concerne des biens nationalisГ©s sans aucune compensation. Or, dans le cas de lРІР‚в„ўespГЁce, les anciens propriГ©taires de la maison avaient Г©tГ© pleinement dГ©dommagГ©s pour lРІР‚в„ўexpropriation effectuГ©e et leur cas n’était pas couvert par lРІР‚в„ўarticle 7 de ladite loi. La requГ©rante en dГ©duit quРІР‚в„ўau lieu de poursuivre un but lГ©gitime, la privation de propriГ©tГ© dont elle a fait lРІР‚в„ўobjet constitue une injustice flagrante.

49.  MГЄme en admettant que le principe de la nullitГ© des actes juridiques, en cause en lРІР‚в„ўespГЁce, a pour objectif gГ©nГ©ral de favoriser la lГ©galitГ© et la sГ©curitГ© juridique, la requГ©rante considГЁre que le rГ©gime de la nullitГ©, tel quРІР‚в„ўil existe en Bulgarie, nРІР‚в„ўest pas proportionnГ© Г  cet objectif lГ©gitime. Ainsi, mГЄme une infraction minime Г  la loi, quelles quРІР‚в„ўen soient les raisons et la responsabilitГ© des parties, conduit Г  une nullitГ© absolue que toute personne peut invoquer Г  tout moment et qui sРІР‚в„ўapplique avec effet rГ©troactif. Ce rГ©gime est donc au contraire une source dРІР‚в„ўinsГ©curitГ© juridique.

50.  La requГ©rante souligne que, dans son cas, lРІР‚в„ўapplication de ce rГ©gime a menГ© Г  une privation de propriГ©tГ© sans aucune compensation. En effet, la possibilitГ© thГ©orique dРІР‚в„ўobtenir la restitution du prix dРІР‚в„ўachat ne saurait constituer une telle compensation en raison de la forte inflation et de la dГ©prГ©ciation de la monnaie nationale intervenues entre la vente et le constat de la nullitГ©. Or, la jurisprudence de la Cour suprГЄme de cassation bulgare nРІР‚в„ўadmet pas une revalorisation des crГ©ances en fonction de lРІР‚в„ўinflation. Ainsi, le prix payГ© en 1992, soit 14 397 BGL, correspondait selon les taux de l’époque Г  28 794 marks allemands, soit 14 691 euros. Au moment de la proclamation de la nullitГ© en 1998, la somme aurait Г©tГ© Г©quivalente Г  7,50 euros.

51.  La requГ©rante expose ensuite que, selon la rГ©glementation applicable Г  l’époque, les ventes de logements appartenant Г  lРІР‚в„ўEtat Г©taient soumises Г  une procГ©dure spГ©cifique. Dans un premier temps, la vente devait ГЄtre autorisГ©e par un arrГЄtГ© du maire de la commune, qui vГ©rifiait que toutes les conditions requises par la loi Г©taient prГ©sentes. Sur la base de cet acte administratif, un contrat Г©tait ensuite conclu avec les acquГ©reurs, ayant un effet translatif de propriГ©tГ©. La requГ©rante souligne que lРІР‚в„ўautoritГ© administrative n’était pas seulement partie au contrat mais Г©tait chargГ©e de veiller Г  la rГ©gularitГ© de la vente, qui Г©tait pour cette raison dispensГ©e de la forme notariГ©e habituelle pour les biens immeubles. Par consГ©quent, le particulier acquГ©reur nРІР‚в„ўavait aucune possibilitГ© dРІР‚в„ўexercer un contrР“Т‘le sur les actes de cette autoritГ©. Dans le cas de lРІР‚в„ўespГЁce, si la vente de ce type de logement n’était pas permise par la loi, il incombait Г  lРІР‚в„ўautoritГ© administrative, qui avait Г  sa disposition tous les plans et autres Г©lГ©ments pertinents, de le constater et de ne pas accorder dРІР‚в„ўautorisation.

52.  DГЁs lors, la requГ©rante considГЁre que le constat de nullitГ© de la vente a eu pour effet de lui faire supporter les consГ©quences de lРІР‚в„ўincompГ©tence de lРІР‚в„ўadministration, en dГ©pit de sa bonne foi. MalgrГ© cela, elle ne disposait pas de possibilitГ© dРІР‚в„ўobtenir une indemnisation de la part de la commune, en lРІР‚в„ўabsence de lГ©gislation ou de jurisprudence dans ce sens. Elle nРІР‚в„ўavait pas plus droit Г  une indemnisation sous forme de bons compensatoires, prГ©vus pour les personnes dont les ventes avaient Г©tГ© annulГ©es en application de lРІР‚в„ўarticle 7 de la loi de restitution, puisque ce nРІР‚в„ўest pas cette disposition qui avait Г©tГ© appliquГ©e dans son cas mais le rГ©gime gГ©nГ©ral des nullitГ©s.

53.  En revanche, les anciens propriГ©taires de la maison auraient Г©tГ© indГ»ment avantagГ©s, en obtenant la restitution de la propriГ©tГ© dРІР‚в„ўun immeuble pour lequel ils avaient Г©tГ© indemnisГ©s au moment de lРІР‚в„ўexpropriation. MГЄme Г  supposer quРІР‚в„ўils ont restituГ© les montants perГ§us Г  titre dРІР‚в„ўindemnisation en 1984, ceux-ci seraient Г  un niveau tout Г  fait symbolique, en raison de la dГ©prГ©ciation de la monnaie. La requГ©rante en conclut quРІР‚в„ўelle sРІР‚в„ўest vu imposer une charge personnelle excessive qui emporte violation de lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1.

2.  Le Gouvernement

54.  Le Gouvernement combat la thГЁse avancГ©e par la requГ©rante. Il soutient tout dРІР‚в„ўabord que celle-ci ne disposait pas dРІР‚в„ўun Р’В« bien Р вЂ™Р’В» au sens de lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1, dans la mesure oР“в„– son titre sur la maison a Г©tГ© considГ©rГ© comme nul et non avenu, ce qui implique quРІР‚в„ўelle nРІР‚в„ўen a jamais Г©tГ© propriГ©taire.

55.  Il expose ensuite que la lГ©gislation de restitution poursuit un but lГ©gitime dans lРІР‚в„ўintГ©rГЄt public : rГ©parer lРІР‚в„ўinjustice commise envers les personnes dont les biens avaient Г©tГ© expropriГ©s sans compensation et permettre l’établissement dРІР‚в„ўun nouvel ordre Г©conomique et social, fondГ© sur la dГ©mocratie et l’économie de marchГ©.

56.  Le Gouvernement rappelle que lРІР‚в„ўEtat dispose dРІР‚в„ўune large marge dРІР‚в„ўapprГ©ciation concernant les moyens Г  utiliser pour la rГ©alisation de tels objectifs et considГЁre que ceux employГ©s en lРІР‚в„ўespГЁce sont proportionnГ©s aux buts poursuivis. Il souligne que la lГ©gislation de restitution revГЄt une clartГ© suffisante et que la requГ©rante a eu accГЁs Г  une procГ©dure judiciaire en trois instances. A lРІР‚в„ўissue de cette procГ©dure et en se basant sur les Г©lГ©ments de preuves pertinents, les tribunaux ont constatГ© la nullitГ© ab initio de la vente effectuГ©e au profit de la requГ©rante.

57.  Le Gouvernement soutient en outre que la requГ©rante a obtenu la restitution du prix dРІР‚в„ўachat de la maison et sРІР‚в„ўest immГ©diatement vu attribuer un logement communal Г  loyer rГ©duit. Par ailleurs, si elle estimait que la nullitГ© du contrat rГ©sultait dРІР‚в„ўune erreur de lРІР‚в„ўadministration, elle aurait pu engager la responsabilitГ© de la commune et obtenir le remboursement des frais de justice occasionnГ©s par une telle procГ©dure.

58.  DГЁs lors, le Gouvernement considГЁre que lРІР‚в„ўintГ©ressГ©e ne sРІР‚в„ўest pas vu imposer une Р’В« charge excessive Р вЂ™Р’В».

B.  ApprГ©ciation de la Cour

59.  La Cour note dРІР‚в„ўemblГ©e que la prГ©sente requГЄte concerne lРІР‚в„ўannulation du titre de propriГ©tГ© de la requГ©rante sur son logement, achetГ© Г  la commune plusieurs annГ©es auparavant, consГ©cutivement Г  lРІР‚в„ўaction en justice exercГ©e par les anciens propriГ©taires de celui-ci. LРІР‚в„ўannulation en question sРІР‚в„ўinscrit ainsi dans le processus de restitution des biens nationalisГ©s ou expropriГ©s pendant le rГ©gime communiste qui a Г©tГ© engagГ© en Bulgarie Г  partir du dГ©but des annГ©es 90 et la prГ©sente requГЄte doit dГЁs lors ГЄtre examinГ©e Г  la lumiГЁre de lРІР‚в„ўarrГЄt de la Cour prononcГ© dans les affaires Velikovi et autres c. Bulgarie (nos 43278/98, 45437/99, 48014/99, 48380/99, 51362/99, 53367/99, 60036/00, 73465/01 et 194/02, arrГЄt du 15 mars 2007).

1.  Sur lРІР‚в„ўexistence dРІР‚в„ўune ingГ©rence

60.  Dans la mesure oР“в„– le Gouvernement soutient que la requГ©rante n’était pas titulaire dРІР‚в„ўun Р’В« bien Р вЂ™Р’В», au sens de lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1, la Cour relГЁve que lРІР‚в„ўintГ©ressГ©e a achetГ© la maison litigieuse, lРІР‚в„ўa possГ©dГ© et en a Г©tГ© considГ©rГ©e comme la propriГ©taire lГ©gitime pendant plusieurs annГ©es avant que les juridictions internes ne proclament la nullitГ© de la vente. Dans ces circonstances, la Cour estime que lРІР‚в„ўintГ©ressГ©e Г©tait titulaire dРІР‚в„ўun Р’В« bien Р вЂ™Р’В», au sens de cette disposition, et lРІР‚в„ўannulation de son titre de propriГ©tГ© par une dГ©cision de justice a dГЁs lors constituГ© une privation de propriГ©tГ© au sens de la seconde phrase du premier paragraphe de lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1 (BrumДѓrescu c. Roumanie [GC], no 28342/95, Р’В§ 77, CEDH 1999‑VII ; Velikovi et autres, prГ©citГ©, Р’В§Р’В§ 159-160).

61.  Pour ГЄtre compatible avec lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1, une telle privation de propriГ©tГ© doit ГЄtre intervenue dans les conditions prГ©vues par la loi, pour cause dРІР‚в„ўutilitГ© publique et dans le respect dРІР‚в„ўun juste Г©quilibre entre les exigences de lРІР‚в„ўintГ©rГЄt gГ©nГ©ral de la communautГ© et les impГ©ratifs de la sauvegarde des droits fondamentaux de lРІР‚в„ўindividu (voir, parmi dРІР‚в„ўautres, BrumДѓrescu, prГ©citГ©, Р’В§ 78).

2.  Sur la lГ©galitГ© de lРІР‚в„ўingГ©rence

62.  La Cour relГЁve que le titre de propriГ©tГ© de la requГ©rante a Г©tГ© dГ©clarГ© nul et non avenu par les juridictions internes compГ©tentes, en application des dispositions lГ©gislatives et rГ©glementaires pertinentes et avait donc une base en droit interne.

63.  Dans la mesure oР“в„– la requГ©rante se plaint de la qualitГ© du droit interne applicable et dГ©nonce son manque de prГ©cision et de prГ©visibilitГ©, la Cour renvoie Г  ses conclusions dans lРІР‚в„ўarrГЄt Velikovi et autres (prГ©citГ©, Р’В§Р’В§ 162-167) et considГЁre que si la lГ©gislation de restitution et lРІР‚в„ўinterprГ©tation extensive des conditions de nullitГ© des actes juridiques qui a Г©tГ© faite par les juridictions internes a pu engendrer un certain degrГ© dРІР‚в„ўincertitude, il ne faudrait pas perdre de vue le caractГЁre spГ©cifique et transitoire de cette pГ©riode de changements Г©conomiques et politiques. Dans ces circonstances, les Г©lГ©ments invoquГ©s par la requГ©rante ne permettent pas Г  la Cour de conclure que lРІР‚в„ўingГ©rence en question manquait de prГ©cision et de prГ©visibilitГ© au point d’être incompatible avec le principe de lГ©galitГ© prГ©vu Г  lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1.

64.  La Cour considГЁre toutefois que les questions ainsi soulevГ©es sont Г©troitement liГ©es et indissociables de lРІР‚в„ўexamen de la conformitГ© de lРІР‚в„ўingГ©rence avec lРІР‚в„ўexigence du juste Г©quilibre et les examinera ci-dessous (voir Velikovi et autres, prГ©citГ©, Р’В§ 167 ; Г©galement Beyeler c. Italie [GC], no 33202/96, Р’В§ 110, CEDH 2000‑I).

3.  Sur lРІР‚в„ўexistence dРІР‚в„ўun but lГ©gitime

65.  Compte tenu du contexte spГ©cifique de la transition dРІР‚в„ўun rГ©gime autoritaire vers une sociГ©tГ© dГ©mocratique et de la marge dРІР‚в„ўapprГ©ciation de lРІР‚в„ўEtat en pareil domaine, la Cour accepte que lРІР‚в„ўobjectif gГ©nГ©ral de la lГ©gislation prГ©voyant la restitution des biens nationalisГ©s sans compensation ou expropriГ©s dans le passГ©, mГЄme lorsque cela implique une atteinte Г  des biens appartenant Г  des particuliers, ne saurait ГЄtre considГ©rГ© comme illГ©gitime et sert une cause dРІР‚в„ўutilitГ© publique (PincovГЎ et Pinc c. RГ©publique tchГЁque, no 36548/97, Р’В§ 51, CEDH 2002‑VIII ; Velikovi et autres, prГ©citГ©, Р’В§Р’В§ 168-172). De mГЄme, les rГЁgles rГ©gissant la nullitГ© des actes juridiques appliquГ©es dans la prГ©sente espГЁce visent en principe la protection des droits dРІР‚в„ўautrui et la lГ©galitГ© des rapports juridiques.

66.  La Cour accepte dГЁs lors que lРІР‚в„ўingГ©rence litigieuse visait un but lГ©gitime dans lРІР‚в„ўintГ©rГЄt public. Les arguments de la requГ©rante dans le sens que lРІР‚в„ўapplication du droit interne dans son cas a conduit Г  un rГ©sultat injuste et contraire Г  lРІР‚в„ўobjectif des lois de restitution concernent en substance la proportionnalitГ© de lРІР‚в„ўingГ©rence et la Cour les examinera dans ce cadre.

4.  Sur la proportionnalitГ© de lРІР‚в„ўingГ©rence

67.  Dans lРІР‚в„ўarrГЄt Velikovi et autres, oР“в„– les titres de propriГ©tГ© des requГ©rants avaient Г©tГ© annulГ©s en application des lois de restitution au profit des anciens propriГ©taires des biens en question, la Cour a dГ©gagГ© les critГЁres Г  prendre en compte pour estimer si, dans un cas concret, une telle privation de propriГ©tГ© a mГ©nagГ© ou non le Р’В« juste Г©quilibre Р вЂ™Р’В» exigГ© par lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1 (arrГЄt prГ©citГ©, Р’В§Р’В§ 183-192).

68.  La Cour a considГ©rГ© que le premier facteur Г  prendre en considГ©ration est la question de savoir si le cas concret sРІР‚в„ўinscrit clairement dans le cadre des objectifs lГ©gitimes poursuivis par la loi de restitution – de rГ©parer les atteintes arbitraires aux biens commises par le rГ©gime communiste et de sanctionner les personnes qui ont tirГ© profit de leur situation privilГ©giГ©e ou ont agi de maniГЁre illГ©gale pour acquГ©rir de tels biens. A cette fin, la Cour doit prendre en compte les circonstances dans lesquelles les requГ©rants respectifs ont acquis la propriГ©tГ© en question et les motifs pour lesquels les juridictions nationales ont conclu Г  la nullitГ© de leur titre de propriГ©tГ© (abus de pouvoir, violations substantielles de la loi ou omissions mineures imputables Г  lРІР‚в„ўadministration).

69.  Le deuxiГЁme facteur a trait aux consГ©quences prГ©judiciables supportГ©es par les requГ©rants respectifs et le caractГЁre adГ©quat ou non de lРІР‚в„ўindemnisation quРІР‚в„ўils ont effectivement obtenu ou quРІР‚в„ўils Г©taient en mesure dРІР‚в„ўobtenir par un usage normal des possibilitГ©s offertes Г  l’époque pertinente.

70.  La Cour considГЁre quРІР‚в„ўune approche similaire est appropriГ©e dans la prГ©sente espГЁce, le titre de propriГ©tГ© de la requГ©rante sur la maison litigieuse ayant Г©tГ©, comme dans les affaires prГ©citГ©es, dГ©clarГ© nul pour que celle-ci soit restituГ©e Г  ses anciens propriГ©taires.

71.  La Cour relГЁve dРІР‚в„ўemblГ©e que lРІР‚в„ўarticle 7 de la loi de restitution des biens nationalisГ©s (ЗВСОНИ) Г©tait en principe lРІР‚в„ўunique disposition permettant de retirer un bien acquis par des tiers pour le restituer Г  ses anciens propriГ©taires. Or, il rГ©sulte des dГ©cisions mГЄmes des tribunaux dans lРІР‚в„ўaffaire de lРІР‚в„ўespГЁce (paragraphe 21 ci-dessus) que cette disposition ne pouvait trouver application puisque la maison litigieuse nРІР‚в„ўavait pas Г©tГ© expropriГ©e en vertu des lois visГ©es dans le texte en question. NГ©anmoins, les juridictions internes sont parvenues au mГЄme rГ©sultat en faisant application des rГЁgles du droit commun des nullitГ©s.

72.  En outre, la Cour observe que lРІР‚в„ўobjectif de justice sociale visГ©e par les lois de restitution revГЄt une moindre importance en lРІР‚в„ўespГЁce dans la mesure oР“в„– les anciens propriГ©taires de la maison avaient Г©tГ© expropriГ©s non pas en application des lois de nationalisation et de confiscation des annГ©es 40 et 50, qui avaient un objectif de sanction et ne prГ©voyaient aucune compensation, mais en vertu dРІР‚в„ўune loi dРІР‚в„ўurbanisme, dans un but de construction de logement collectifs et dРІР‚в„ўamГ©nagement urbain, et oР“в„– ils avaient reГ§u Г  l’époque de lРІР‚в„ўexpropriation une indemnisation complГЁte.

73.  Il ressort de ce qui prГ©cГЁde que lРІР‚в„ўannulation du titre de propriГ©tГ© de la requГ©rante ne sРІР‚в„ўinscrivait pas clairement dans le cadre des objectifs lГ©gitimes poursuivis par les lois de restitution mais constitue un cas oР“в„– la lГ©gislation en question a Г©tГ© appliquГ©e de maniГЁre extensive.

74.  La Cour observe par ailleurs que la requГ©rante avait acquis la maison en question selon la procГ©dure applicable Г  l’époque, son foyer ayant Г©tГ© considГ©rГ© comme nГ©cessiteux et occupant le logement en question en tant que locataire. Au demeurant, pour conclure Г  la nullitГ© de la vente effectuГ©e, les juridictions internes nРІР‚в„ўont constatГ© aucun abus ou irrГ©gularitГ© imputables Г  la requГ©rante ou encore une contrariГ©tГ© substantielle Г  la loi. Le motif de nullitГ© retenu consistait en une mГ©connaissance formelle des rГЁgles dРІР‚в„ўurbanisme, dont la requГ©rante conteste au demeurant le bien-fondГ© (paragraphes 21-23 ci-dessus).

75.  Dans ces circonstances, la Cour considГЁre que le respect du juste Г©quilibre voulu par lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1 exigeait que la requГ©rante reГ§oive pour la privation de propriГ©tГ© ainsi subie une compensation qui soit raisonnablement en rapport avec la valeur du bien au moment oР“в„– celle-ci est intervenue.

76.  Or, lРІР‚в„ўapplication des rГЁgles pertinentes du droit interne en lРІР‚в„ўespГЁce a abouti au rГ©sultat contraire – la requГ©rante nРІР‚в„ўa reГ§u aucune compensation. Elle pouvait certes obtenir le remboursement du prix dРІР‚в„ўachat mais celui-ci, en raison des annГ©es Г©coulГ©es et de la forte inflation, Г©tait devenu dГ©risoire. La requГ©rante nРІР‚в„ўavait par ailleurs pas droit Г  lРІР‚в„ўindemnisation spГ©cifique, sous forme de bons compensatoires ou dРІР‚в„ўespГЁces, prГ©vue pour les personnes ayant perdu leur propriГ©tГ© en application de lРІР‚в„ўarticle 7 de la loi de restitution (ЗВСОНИ), dans la mesure oР“в„– la nullitГ© dans son cas avait Г©tГ© prononcГ©e sur un autre fondement.

77.  Concernant la possibilitГ©, invoquГ©e par le Gouvernement, dРІР‚в„ўobtenir une indemnisation sur le fondement de la responsabilitГ© dГ©lictuelle de lРІР‚в„ўEtat, force est de constater quРІР‚в„ўaucune disposition du droit interne ne rГЁglemente la responsabilitГ© de lРІР‚в„ўEtat dans la situation spГ©cifique des personnes qui ont vu leurs titres de propriГ©tГ© dГ©clarГ© nul en raison dРІР‚в„ўomission imputables aux autoritГ©s (paragraphe 37 ci-dessus et Velikovi et autres, prГ©citГ©, Р’В§ 127). Le Gouvernement dГ©fendeur nРІР‚в„ўa au demeurant prГ©sentГ© aucun exemple de jurisprudence oР“в„– une indemnisation aurait Г©tГ© accordГ©e dans un cas similaire en vertu la loi sur la responsabilitГ© de lРІР‚в„ўEtat ou le droit commun de la responsabilitГ©.

78.  Il est vrai quРІР‚в„ўaprГЁs avoir quittГ© sa maison la requГ©rante sРІР‚в„ўest vu attribuer un logement communal Г  loyer rГ©duit. Toutefois, en lРІР‚в„ўabsence totale dРІР‚в„ўindemnisation pour la privation de propriГ©tГ© intervenue, cette circonstance ne saurait Г  elle seule constituer une compensation adГ©quate.

79.  Il en rГ©sulte que la requГ©rante, dont la bonne foi lors de lРІР‚в„ўacquisition de la maison nРІР‚в„ўa pas Г©tГ© contestГ©e, a Г©tГ© privГ©e de sa propriГ©tГ© par une application extensive de la lГ©gislation de restitution et sans aucune compensation. Elle a ainsi Г©tГ© placГ©e dans une situation moins favorable que des personnes qui avaient acquis leur propriГ©tГ© suite Г  des mГ©connaissances substantielles de la loi ou par abus de leur position. De lРІР‚в„ўavis de la Cour, lРІР‚в„ўincapacitГ© des autoritГ©s Г  Г©tablir, dans le respect du principe de proportionnalitГ©, des limites claires entre les diffГ©rentes situations en jeu a engendrГ© une situation dРІР‚в„ўinsГ©curitГ© juridique et, dans le cas de lРІР‚в„ўespГЁce, a rompu le juste Г©quilibre exigГ© par lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1 entre lРІР‚в„ўintГ©rГЄt gГ©nГ©ral poursuivi par les lois de restitution et la protection des droits de lРІР‚в„ўindividu (Velikovi et autres, prГ©citГ©, Р’В§Р’В§ 241 et 248).

80.  Partant, il y a eu violation de lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1.

 

II.  SUR LРІР‚в„ўAPPLICATION DE LРІР‚в„ўARTICLE 41 DE LA CONVENTION

81.  Aux termes de lРІР‚в„ўarticle 41 de la Convention,

Р’В« Si la Cour dГ©clare quРІР‚в„ўil y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet dРІР‚в„ўeffacer quРІР‚в„ўimparfaitement les consГ©quences de cette violation, la Cour accorde Г  la partie lГ©sГ©e, sРІР‚в„ўil y a lieu, une satisfaction Г©quitable. Р вЂ™Р’В»

A.  Dommage

82.  La requГ©rante demande une indemnisation pour prГ©judice matГ©riel Г  hauteur de la valeur marchande actuelle de la maison litigieuse. Elle produit une estimation dРІР‚в„ўun expert agréé, mandatГ© par elle, Г©valuant celle-ci Г  30 708 euros (EUR) au mois de mars 2006. Compte tenu de l’évolution du marchГ©, la requГ©rante estime quРІР‚в„ўau mois dРІР‚в„ўaoГ»t 2007, cette valeur s’élГЁve Г  37 464 EUR. Elle rГ©clame Г©galement 10 000 EUR pour le prГ©judice moral subi.

83.  Le Gouvernement nРІР‚в„ўa pas soumis dРІР‚в„ўobservations.

84.  La Cour estime que la question de lРІР‚в„ўapplication de lРІР‚в„ўarticle 41 ne se trouve pas en Г©tat concernant le dommage matГ©riel et moral (voir Velikovi et autres, prГ©citГ©, Р’В§ 267). En consГ©quence, elle la rГ©serve et fixera la procГ©dure ultГ©rieure compte tenu de la possibilitГ© que le Gouvernement et la requГ©rante parviennent Г  un accord (article 75 Р’В§ 1 du rГЁglement).

B.  Frais et dГ©pens

85.  La requГ©rante rГ©clame Г©galement 2 331 EUR au titre de frais et dГ©pens encourus dans la procГ©dure devant la Cour, dont 2 269 EUR dРІР‚в„ўhonoraires dРІР‚в„ўavocat et 62 EUR de frais de courrier et de bureau. Elle produit une convention dРІР‚в„ўhonoraires et un dГ©compte du travail effectuГ© par lРІР‚в„ўavocat pour environ 32 heures au taux horaire de 70 EUR. Elle demande que les montants allouГ©s soient directement versГ©s Г  son avocat.

86.  Le Gouvernement nРІР‚в„ўa pas soumis de commentaires.

87.  Selon la jurisprudence de la Cour, un requГ©rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et dГ©pens que dans la mesure oР“в„– se trouvent Г©tablis leur rГ©alitГ©, leur nГ©cessitГ© et le caractГЁre raisonnable de leur taux. En lРІР‚в„ўespГЁce, concernant les frais de courrier et de bureau, la Cour accepte leur nГ©cessitГ© et leur caractГЁre raisonnable. SРІР‚в„ўagissant des frais dРІР‚в„ўavocat, la Cour relГЁve que lРІР‚в„ўavocat de la requГ©rante nРІР‚в„ўest intervenu quРІР‚в„ўaprГЁs la communication de la requГЄte au Gouvernement dГ©fendeur. Compte tenu de la complexitГ© de la prГ©sente affaire, mais aussi du fait que lРІР‚в„ўintГ©ressГ© a Г©tГ© le reprГ©sentant des requГ©rants dans plusieurs affaires similaires, la Cour estime raisonnable la somme forfaitaire de 2 000 EUR, tous frais confondus, dont il convient de dГ©duire lРІР‚в„ўassistance judiciaire versГ©e par le Conseil de lРІР‚в„ўEurope, soit 625 EUR. Elle accorde en consГ©quence 1 375 EUR Г  la requГ©rante Г  ce titre.

C.  IntГ©rГЄts moratoires

88.  La Cour juge appropriГ© de baser le taux des intГ©rГЄts moratoires sur le taux dРІР‚в„ўintГ©rГЄt de la facilitГ© de prГЄt marginal de la Banque centrale europГ©enne majorГ© de trois points de pourcentage.

 

PAR CES MOTIFS, LA COUR, À L’UNANIMITÉ,

1.  Dit quРІР‚в„ўil y a eu violation de lРІР‚в„ўarticle 1 du Protocole no 1 ;

2.  Dit que la question de lРІР‚в„ўapplication de lРІР‚в„ўarticle 41 de la Convention ne se trouve pas en Г©tat en ce qui concerne le prГ©judice matГ©riel et moral allГ©guГ© ;

en consГ©quence,

a)  la rГ©serve ;

b)  invite le Gouvernement et la requГ©rante Г  lui adresser par Г©crit, dans le dГ©lai de deux mois Г  compter du jour oР“в„– lРІР‚в„ўarrГЄt sera devenu dГ©finitif conformГ©ment Г  lРІР‚в„ўarticle 44 Р вЂ™Р’В§ 2 de la Convention, leurs observations sur cette question et notamment Г  lui donner connaissance de tout accord auquel ils pourraient aboutir ;

c)  rГ©serve la procГ©dure ultГ©rieure et dГ©lГЁgue le prГ©sident de la chambre le soin de la fixer au besoin.

3.  Dit

a)  que lРІР‚в„ўEtat dГ©fendeur doit verser Г  la requГ©rante, dans les trois mois Г  compter du jour oР“в„– lРІР‚в„ўarrГЄt sera devenu dГ©finitif conformГ©ment Г  lРІР‚в„ўarticle 44 Р вЂ™Р’В§ 2 de la Convention, 1 375 EUR (mille trois cent soixante-quinze euros) pour frais et dГ©pens, plus tout montant pouvant ГЄtre dГ» Г  titre dРІР‚в„ўimpР“Т‘t sur cette somme, Г  convertir en levs bulgares selon les taux applicables au moment du versement et Г  verser sur le compte dГ©signГ© par lРІР‚в„ўavocat de la requГ©rante ;

b)  qu’à compter de lРІР‚в„ўexpiration dudit dГ©lai et jusquРІР‚в„ўau versement, ces montants seront Г  majorer dРІР‚в„ўun intГ©rГЄt simple Г  un taux Г©gal Г  celui de la facilitГ© de prГЄt marginal de la Banque centrale europГ©enne applicable pendant cette pГ©riode, augmentГ© de trois points de pourcentage ;

4.  Rejette la demande de frais et dГ©pens pour le surplus.

 

Fait en français, puis communiqué par écrit le 8 novembre 2007 en application de l’article 77 §§ 2 et 3 du règlement.

 

Р’В Р’В  Claudia WesterdiekР’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В  Peer Lorenzen
               GreffiГЁreР’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В Р’В  PrГ©sident

     
 
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